Prix et marché

Référentiel des prix immobiliers au Maroc : ce qu'il vaut

L'administration rectifie un prix déclaré trop bas sur la base de prix immobiliers officiels. Or ce référentiel n'est plus consultable.

Youssef Tlemçani · Conseiller en investissement immobilier 1 septembre 2026 · 7 min de lecture

Référentiel des prix immobiliers au Maroc, une femme examine des documents face à Casablanca

Le référentiel des prix immobiliers est la grille de prix moyens par zone que l’administration fiscale oppose à un prix de cession déclaré trop bas, qu’elle rectifie alors sur cette base. Il vous engage même si vous ne l’ouvrez jamais. Or ses éditions publiques datent de 2015 à 2017, et l’application officielle n’est plus mise à jour depuis 2018.

C’est une situation inhabituelle, et elle mérite d’être décrite précisément plutôt que dénoncée : une règle continue de s’appliquer alors que l’outil qui devait vous permettre de la vérifier a cessé de fonctionner.

En résumé

  • Un prix déclaré en dessous du référentiel est rectifié sur la base du référentiel. Au-dessus, c’est le prix déclaré qui est retenu.
  • L’État a créé cet outil pour vous donner le même niveau d’information que l’administration. C’est écrit dans ses propres documents.
  • L’application officielle n’a plus de mise à jour fonctionnelle depuis juin 2018 et reste notée sous 2 sur 5.
  • Les seules éditions qui circulent datent de 2015 pour Casablanca, 2017 pour Rabat et Marrakech, et ne viennent pas de la DGI.
  • La règle, elle, n’a pas bougé : l’asymétrie que l’outil devait corriger existe toujours.
Recevoir les analyses que j'aurais aimé lire avant d'acheter au Maroc.

À quoi sert le référentiel des prix immobiliers ?

À servir de plancher de contrôle, et c’est très différent d’une estimation.

La notice officielle de l’application de la Direction générale des impôts l’écrit sans détour. Les déclarations portant un prix inférieur à celui du référentiel « feront l’objet d’une rectification par la DGI, sur la base des prix de l’application ». Et pour les déclarations portant un prix supérieur, l’impôt « sera calculé sur la base des prix ou valeurs estimatives déclarés ».

La mécanique est donc asymétrique par construction. Le référentiel ne plafonne rien vers le haut, il tient un seuil vers le bas. C’est un instrument de contrôle, pas une évaluation de votre appartement, et le document officiel prend soin de le préciser : ce sont « des prix moyens retenus pour le calcul des droits et taxes » qui « ne constituent en aucun cas une évaluation directe d’un bien immobilier donné ».

Une précision de vocabulaire au passage. Les plateformes immobilières publient elles aussi des référentiels de prix, qui sont des estimations bâties sur des annonces et non des barèmes administratifs. Elles ne s’accordent d’ailleurs pas entre elles, et ce n’est pas de celles-là qu’il est question ici.

Un outil créé pour supprimer l’asymétrie d’information

C’est l’intention affichée, et elle mérite d’être citée telle quelle parce qu’elle est rare.

Le manuel officiel de 2015 écrit que le référentiel « permet aux citoyens, dans un souci d’amélioration du climat de confiance, de disposer du même niveau d’information que l’Administration ». La notice de l’application, deux ans plus tard, reprend la même formule. Les données, elles, sont présentées comme le fruit d’un travail commun entre la DGI, la conservation foncière, la Fédération nationale des promoteurs immobiliers, Bank Al-Maghrib, les agences urbaines, le ministère de l’Urbanisme et l’Ordre des notaires.

Le même manuel prend un engagement explicite : « Les données de ce référentiel feront l’objet d’une actualisation périodique en fonction de l’évolution du marché de l’immobilier. »

Ce qui se passe quand on essaie de le consulter

Trois voies ont été annoncées au fil des années. Voici leur état, vérifié le 1er septembre 2026.

Les trois voies d'accès au référentiel des prix de la DGI et leur état

Voie annoncéeÉtat constaté
Application mobile officielleDernière version fonctionnelle 1.2, 12 juin 2018. Notée sous 2 sur 5 sur les boutiques française et marocaine. Des avis signalent la même panne en mai, juin et juillet 2026
Rubrique du portail de la DGILa page répond, sans afficher de contenu, sur les deux adresses testées
Éditions PDF par villeCelle de Casablanca porte « Edition Janvier 2015 ». Rabat, Mohammedia et Témara sont datées du 29 décembre 2017

Sur ces PDF, deux réserves s’ajoutent à leur âge :

  • ils circulent par des sites tiers, cabinets et éditeurs privés, et non par la DGI ;
  • on en trouve sept villes, quand le portail en annonçait dix-sept à son lancement.

Le manuel de 2015 mentionne enfin une troisième voie, la seule qui n’ait pas de raison d’être cassée : « en consultant les bureaux d’accueil DGI de Casablanca et/ou le Centre d’Information Téléphonique au 05.37.27.37.27 ». Le guichet est hors de portée quand on vit à l’étranger. Le téléphone, lui, reste joignable, et c’est aujourd’hui le chemin officiel le plus fiable.

Ce que ça change quand vous achetez à distance

La règle continue de produire ses effets, que vous puissiez la vérifier ou non. C’est le point à retenir, et il est plus gênant qu’il n’en a l’air.

Le déséquilibre que l’outil devait corriger est donc intact. L’administration dispose de sa grille. Le vendeur local, souvent, connaît les usages de son quartier. Vous, depuis Bruxelles ou Dubaï, décidez sans l’un ni l’autre.

Il y a surtout une conséquence que presque aucun acheteur n’anticipe. Le prix inscrit dans l’acte, quel qu’il soit, devient votre prix d’acquisition. Le jour où vous revendrez, votre profit imposable se calculera schématiquement sur l’écart entre le prix de vente et ce prix d’acquisition, ce dernier étant retenu selon des règles propres au Code général des impôts, qui admettent notamment certains frais et dépenses. En principe, plus le prix d’acquisition retenu est bas, plus le profit taxable est élevé. Vous ne subissez pas cet effet en tant qu’acheteur, vous le subissez en tant que futur vendeur, des années plus tard, quand il est trop tard pour y revenir.

Ce qu’on fait à la place

Puisque le repère officiel est hors service, il faut le reconstruire. Trois gestes, dans cet ordre.

Reconstruire un repère de prix quand le référentiel officiel est inaccessible

D’abord, appeler. Le centre d’information de la DGI est le seul canal officiel encore joignable depuis l’étranger, et c’est gratuit.

Ensuite, comparer pour de vrai. Relevez les prix au mètre carré effectivement demandés dans le même quartier, sur la même typologie, à surface proche. Pour dégrossir avant ce relevé, DarIndex agrège les prix de vente et les loyers des principales villes et donne un ordre de grandeur immédiat, à confirmer ensuite sur des annonces réelles à surface comparable. La méthode d’estimation détaillée se suit pas à pas, et elle vous donnera une fourchette plus utile qu’une moyenne administrative de 2015. Croisez-la avec ce que dit vraiment le marché.

Enfin, vérifier que le prix tient debout. Le simulateur de rentabilité locative donne le prix de revient et le rendement brut du bien, frais d’acquisition compris : c’est le premier filtre. Un bien peut être dans les prix du quartier et rester un mauvais achat si le rendement net une fois les charges déduites ne suit pas. Et si un prix vous surprend par sa faiblesse, ce sont les vérifications d’usage qui tranchent avant de se réjouir. Le prix n’est d’ailleurs qu’une des questions à trancher avant d’acheter.

Une règle sans sa contrepartie

Le référentiel des prix immobiliers n’est pas une mauvaise idée, c’est une bonne idée laissée sans entretien. L’engagement d’actualisation périodique figure noir sur blanc dans un document de janvier 2015, et la dernière édition publique que l’on trouve est ce document lui-même.

Il continue de vous engager, il n’est plus consultable, et cette phrase suffit à résumer pourquoi acheter à distance demande de la méthode plutôt que de la confiance. Chaque source officielle qui réduit l’écart d’information mérite d’être utilisée, encore faut-il qu’elle fonctionne.

Si vous voulez faire vérifier un prix sur un bien précis avant de vous engager, réservez un appel gratuit de 20 minutes ou écrivez directement sur WhatsApp.

Sources : Direction générale des impôts, « Référentiel des prix de l’immobilier », manuel de Casablanca, édition janvier 2015 ; Direction générale des impôts, notice officielle de l’application mobile « Référentiel des Prix de l’Immobilier », consultée le 1er septembre 2026 ; Ministère de l’Économie et des Finances, communiqué de lancement de l’application mobile et présentation du portail de la DGI. États d’accès constatés le 1er septembre 2026. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier ; toute décision doit être validée avec un professionnel qualifié.

Vous avez un projet d'investissement au Maroc ?

Réservez un appel gratuit de 20 minutes, ou écrivez-moi directement sur WhatsApp.

WhatsApp

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le référentiel des prix immobiliers de la DGI ?

Une grille de prix moyens par zone, publiée par la Direction générale des impôts. L'administration l'utilise comme point de comparaison lors d'une cession immobilière. Selon la notice officielle de son application, une déclaration portant un prix inférieur à celui du référentiel fait l'objet d'une rectification sur la base des prix du référentiel, tandis qu'une déclaration portant un prix supérieur est retenue telle quelle.

Où consulter le référentiel des prix immobiliers en 2026 ?

Aucune voie en ligne ne fonctionne de façon fiable. L'application officielle de la DGI n'a pas reçu de mise à jour fonctionnelle depuis juin 2018 et un avis d'utilisateur de juillet 2026 signale qu'elle ne s'ouvre toujours pas. La rubrique dédiée du portail de la DGI répondait sans afficher de contenu le 1er septembre 2026. Restent les bureaux d'accueil de la DGI et son centre d'information téléphonique, indiqués par le document officiel lui-même.

Les versions PDF qui circulent sont-elles utilisables ?

Avec beaucoup de prudence. L'édition de Casablanca qui circule porte la mention « Edition Janvier 2015 », et les versions dites actualisées de Rabat, Mohammedia et Témara datent du 29 décembre 2017. Ces fichiers ne sont pas diffusés par la DGI mais réhébergés par des tiers. Un prix de référence vieux de neuf à onze ans ne dit rien du marché d'aujourd'hui.

Pourquoi le prix inscrit dans l'acte compte-t-il pour moi, acheteur ?

Parce qu'il devient votre prix d'acquisition. Le jour où vous revendrez, votre profit imposable se calcule schématiquement sur l'écart entre le prix de vente et ce prix d'acquisition, ce dernier étant retenu selon des règles propres au Code général des impôts, qui admettent notamment certains frais et dépenses. En principe, plus le prix d'acquisition retenu est bas, plus le profit taxable est élevé. C'est un point à examiner avec un professionnel avant de signer.

écrit par
Youssef Tlemçani

Conseiller en investissement immobilier pour la diaspora marocaine. J'accompagne les MRE dans leurs projets d'achat et de financement à Rabat et Casablanca.

M'écrire sur WhatsApp